Les entreprises françaises les plus exposées à la crise
TotalEnergies, Engie, CMA CGM, Airbus, Stellantis : tour d'horizon des géants français pour qui la fermeture du détroit d'Hormuz représente un risque direct sur les résultats 2026.
La crise du détroit d'Hormuz frappe l'économie française par plusieurs canaux : hausse des coûts énergétiques, perturbations logistiques, ruptures d'approvisionnement en composants. Pour une demi-douzaine de grands groupes cotés, l'impact est direct et mesurable. Tour d'horizon des entreprises en première ligne.
TotalEnergies : un géant coincé au milieu du détroit
TotalEnergies détient environ 27 milliards de dollars d'actifs dans la région du Golfe, principalement au Qatar (participation dans le méga-projet North Field East, NFE) et aux Émirats arabes unis. La force majeure déclarée par QatarEnergy au début du mois d'avril freine les revenus de ces participations. À l'inverse, la flambée du prix du brut dope les résultats amont du groupe — un effet compensateur.
Double effet pour TotalEnergies
Perte nette sur le GNL qatari (volumes non livrés) mais gain important sur la production pétrolière hors zone (Afrique, Amériques). L'analyste consensus de Bloomberg anticipe un impact net légèrement positif sur les résultats 2026, mais avec une volatilité accrue.
Engie : la force majeure coûte cher
Engie a signé en 2023 un contrat de 15 ans avec QatarEnergy portant sur 1,5 Mt de GNL par an, à livrer à partir de 2026. Ces volumes sont aujourd'hui gelés par la force majeure. Engie doit se retourner sur le marché spot européen, à des prix 50 à 80 % plus élevés. L'impact est estimé à 300-500 M€ sur l'EBITDA du groupe en 2026.
CMA CGM : les routes asiatiques désorganisées
Troisième armateur mondial et fierté française, CMA CGM voit ses lignes Asie-Europe perturbées. Le contournement par le Cap de Bonne-Espérance ajoute 10 à 14 jours par rotation. Les tarifs de fret sur les lignes Asie-Europe du Nord ont bondi de 35 à 50 %.
- •10 à 14 jours de trajet supplémentaires par rotation autour du Cap
- •Capacité effective de la flotte réduite de 15 à 20 % par l'allongement
- •Tarifs spot Shanghai-Rotterdam : +40 % en 6 semaines
- •CMA CGM a réactivé certaines de ses positions dans les terminaux méditerranéens pour absorber le flux
Airbus : la chaîne d'approvisionnement sous tension
Airbus est triplement exposé. D'abord sur le kérosène (prix en hausse de ~60 %), dont le coût est répercuté sur les compagnies aériennes clientes. Ensuite sur les livraisons : plusieurs composants critiques (moteurs Pratt & Whitney assemblés en Corée du Sud, électronique de vol sud-coréenne) subissent des retards. Enfin sur la demande : certaines compagnies asiatiques (ANA, JAL, Korean Air) ont demandé le report de livraisons dans l'attente d'une meilleure visibilité.
« Nous surveillons notre chaîne d'approvisionnement jour après jour. Les perturbations sur la Corée du Sud et le Japon sont une préoccupation majeure pour nos livraisons du second semestre. »
Stellantis : le risque semi-conducteurs
Comme l'ensemble de l'industrie automobile, Stellantis dépend de composants électroniques fabriqués en Asie. La Corée du Sud, qui rationne son électricité, a ralenti la production de Samsung Electronics et SK Hynix. Quelques modèles chez Peugeot (308, 3008) et Citroën (C5 Aircross) voient leurs livraisons retardées de 2 à 6 semaines.
Veolia et Saint-Gobain : exposition indirecte mais réelle
- •Veolia opère plusieurs grandes usines de dessalement dans le Golfe (EAU, Arabie saoudite, Oman). L'augmentation des coûts énergétiques locaux pèse sur la rentabilité.
- •Saint-Gobain fournit du verre et des matériaux pour des projets de construction au Moyen-Orient. Plusieurs chantiers sont ralentis ou en pause.
- •Schneider Electric pourrait bénéficier à moyen terme du repli sur le nucléaire (Japon, Corée) et les renouvelables.
Impact sur le CAC 40
Depuis le déclenchement de la crise, le CAC 40 a reculé d'environ 9 %. TotalEnergies résiste (-3 %), tandis qu'Airbus (-14 %), Stellantis (-17 %) et CMA CGM (non coté, mais via Bolloré : -11 %) souffrent davantage. Les valeurs bancaires et les sociétés défensives (Sanofi, L'Oréal) servent de refuge.