Le Qatar, premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié, expédie la quasi-totalité de sa production via le détroit d'Hormuz. Les frappes iraniennes ont détruit 17% de sa capacité. Sa fermeture prive le Japon, la Corée du Sud et l'Inde d'une ressource vitale pour l'électricité, les semi-conducteurs et l'agriculture.
2 mars + 18 mars 2026
2 mars : drones iraniens frappent Ras Laffan Industrial City et Mesaieed — QatarEnergy suspend toute production GNL
18 mars : missile iranien touche le complexe Ras Laffan — dégâts «étendus» sur l'usine Pearl GTL
2 trains de liquéfaction sur 14 endommagés + 1 usine gas-to-liquids hors service
12,8 Mt/an de capacité GNL hors ligne — soit 17% de la production qatarie
Réparations estimées : 3 à 5 ans — dommages évalués à ~20 Md$ de revenus annuels perdus
QatarEnergy déclare force majeure sur les contrats long terme (Italie, Belgique, Corée, Chine)
Les prix ont plus que doublé depuis le début de la crise. Le cessez-le-feu du 8 avril a brièvement fait baisser les prix, avant qu'ils ne repartent après la refermeture du détroit.
Avant la crise — prix spot Asie normal
Ras Laffan frappé — QatarEnergy suspend la production (+39%)
Pic — détroit fermé, force majeure déclarée
Stabilisation haute — pénurie de cargaisons spot
Cessez-le-feu — espoir de réouverture (-17% annoncé)
Blocus US — détroit toujours fermé
Iran referme le détroit — prix repartent à la hausse
IRGC saisit 2 navires — nouveau pic, +140% vs avant-crise
Les pays asiatiques sont les plus exposés. Le Japon et la Corée du Sud importent la majorité de leur gaz naturel sous forme de GNL — et le Qatar est leur fournisseur principal. Chaque pays a dû trouver des réponses d'urgence.
1er importateur mondial de GNL. 95% du pétrole et gaz vient du Moyen-Orient. Centrales thermiques tournent au GNL depuis la fermeture des réacteurs nucléaires post-Fukushima.
2e importateur mondial. Le GNL alimente 27% de la production électrique et toute l'industrie pétrochimique. 18% du GNL importé vient du Qatar via Hormuz.
Importe massivement du Qatar. Le GNL alimente les engrais (40% de la production d'urée) et les centrales électriques urbaines.
Diversifiée via pipelines (Russie, Asie centrale) et GNL australien. Mais le Qatar reste un fournisseur clé, surtout en hiver.
Post-crise russe, l'Europe a augmenté ses achats de GNL qatari. QatarEnergy a déclaré force majeure sur les contrats Italie, Belgique, Corée, Chine.
Au-delà du prix, la crise du détroit d'Hormuz a des effets en cascade sur l'électricité, l'industrie, l'agriculture et même les semi-conducteurs.
Les prix spot asiatiques sont passés de ~12,5$ à plus de 26$/MMBtu. Le pic à 25$ début mars a été brièvement corrigé par le cessez-le-feu, avant de repartir après la fermeture du 18 avril. Les prix européens (TTF) ont bondi de ~50%.
Les frappes iraniennes des 2 et 18 mars ont détruit 2 trains de liquéfaction sur 14 et l'usine Pearl GTL. 12,8 Mt/an de capacité sont hors ligne pour 3 à 5 ans. QatarEnergy a déclaré force majeure sur ses contrats long terme avec l'Italie, la Belgique, la Corée et la Chine.
Des méthaniers ont fait demi-tour en plein trajet après la refermeture du 18 avril. Le contournement par le Cap ajoute 10 à 14 jours et augmente la consommation de carburant de 40%. Avec une flotte mondiale déjà tendue, chaque navire dérouté réduit la capacité de livraison effective de 20 à 40%.
Le Japon a levé les plafonds sur ses centrales à charbon et relancé le réacteur Kashiwazaki-Kariwa. La Corée du Sud a supprimé le plafond de 80% sur la génération charbon. Les deux pays sabordent temporairement leurs objectifs de transition énergétique.
Le GNL est la matière première de l'ammoniac et de l'urée. L'Inde tire 40% de sa production d'urée du gaz qatari. Un rationnement industriel est en place. Une coupure prolongée menace directement les rendements de la mousson 2026.
L'industrie des puces (Samsung, SK Hynix) est extrêmement énergivore. Le rationnement énergétique sud-coréen menace la production mondiale de mémoire et de processeurs. Carnegie a qualifié la crise d'Hormuz de «problème semi-conducteur mondial».
Contrairement au pétrole (pipelines IPSA, ADCOP), le GNL nécessite une chaîne logistique spécialisée : usines de liquéfaction → méthaniers cryogéniques (-162°C) → terminaux de regazéification. Aucun de ces maillons ne peut être improvisé. Il n'existe pas de «pipeline de secours» pour le GNL.
Le pétrole peut emprunter des pipelines alternatifs (IPSA saoudien, ADCOP émirati) et être stocké dans des réservoirs standards. Le GNL, lui, nécessite une chaîne logistique spécialisée : usines de liquéfaction → méthaniers cryogéniques (-162°C) → terminaux de regazéification. Aucun de ces maillons ne peut être improvisé.
La crise frappe les maillons 2 (Ras Laffan détruit à 17%) et 3 (Hormuz fermé). Contrairement au pétrole, aucune alternative rapide n'existe pour ces deux étapes.