Prix à la pompe : +45 centimes en 6 semaines, pourquoi et jusqu'où ?
Le SP95 est passé de 1,72 € à 2,17 € depuis le déclenchement de la crise. Décomposition du prix, impact pour les ménages et scénarios pour les prochaines semaines.
Début février 2026, le litre de SP95 se vendait en moyenne 1,72 € dans les stations-service françaises. Six semaines plus tard, après le déclenchement de l'opération Epic Fury et la fermeture du détroit d'Hormuz, il atteint 2,17 € — une hausse de 26 % qui renvoie les Français à la flambée de 2022. Pour un automobiliste qui remplit un réservoir de 50 litres chaque semaine, la facture mensuelle grimpe d'environ 90 €.
D'où vient le prix du litre ?
Contrairement à ce que suggère la communication politique, la hausse du brut n'explique qu'une partie du choc. Les taxes — TICPE et TVA — représentent encore près de 60 % du prix final. Mais elles s'appliquent sur une base qui a bondi, ce qui crée un effet démultiplicateur.
Comparaison avec les précédents chocs
En 2022, le SP95 avait culminé à 2,10 € lors de l'invasion de l'Ukraine. Nous avons donc déjà dépassé ce pic. À titre historique, le choc pétrolier de 1973 avait provoqué un triplement des prix en trois mois — nous en sommes à +26 % en six semaines, avec un détroit encore fermé.
Quel impact pour les ménages ?
Le surcoût moyen est estimé à 22,50 € par plein de 50 litres. Pour un actif qui parcourt 20 000 km par an (moyenne française), cela représente environ 400 € de dépense supplémentaire sur l'année si les prix restent à ce niveau. Les zones rurales et périurbaines, où la voiture est indispensable, sont les plus touchées.
« Les ménages modestes qui utilisent leur voiture pour travailler sont en première ligne. Nous observons déjà une baisse de 4 à 7 % du trafic routier en semaine. »
Que font les compagnies ?
- •TotalEnergies a annoncé un plafonnement volontaire à 2,20 €/L dans ses stations jusqu'à fin mai — un geste critiqué comme insuffisant par certaines associations.
- •BP et Esso se sont alignés partiellement, avec des remises ciblées sur leurs cartes de fidélité.
- •Les stations de grande distribution (E.Leclerc, Carrefour, Intermarché) affichent des prix 4 à 8 centimes inférieurs, mais limitent le nombre de litres par passage.
- •Le gouvernement n'a pour l'instant pas rétabli la remise carburant de 2022, mais étudie un chèque énergie élargi pour les bas revenus.
Jusqu'où peut grimper le prix ?
Trois scénarios sont à considérer. Une résolution rapide du conflit (accord de paix avant mi-mai) ramènerait le SP95 vers 1,90 €/L en quelques semaines. Un statu quo (détroit quasi-fermé, cessez-le-feu maintenu) stabiliserait les prix autour de 2,15-2,20 €. Une escalade militaire directe — Iran riposte aux saisies US — propulserait le Brent vers 130-140 $, ce qui se traduirait par un SP95 à 2,40-2,50 € le litre.
Ce qu'il faut surveiller
Le cessez-le-feu prolongé par Trump le 21 avril n'a pas résolu l'impasse. Sans reprise des négociations, chaque nouvel incident (saisie, tir, attaque de tanker) renvoie le prix du baril vers 105-110 $. La pompe suivra avec environ 10 jours de décalage.