Prix à la pompe : le gazole à 2,109 €/L, décomposition d'une flambée historique
Relevés au 24 avril 2026 : gazole 2,109 €, SP98 2,058 €, SP95 2,013 €, E10 1,955 €. Les taxes (TICPE + TVA) pèsent encore 48 à 54 % du prix final. Décomposition litre par litre et scénarios.
Au 24 avril 2026, le gazole s'affiche en moyenne à 2,109 €/L en France, selon les relevés consolidés de mobiliteclub.fr (sur base prix-carburants.gouv.fr) et prix-carburant.eu. Toutes les grandes catégories de carburant sont à leurs plus hauts historiques : SP98 à 2,058 €, SP95 à 2,013 €, E10 à 1,955 €. Seuls le GPLc (1,020 €) et l'E85 (0,850 €) restent à l'écart — leur dépendance au pétrole brut est structurellement plus faible.
Pourquoi le diesel prend plus fort que l'essence
La France importe 51 % du gazole qu'elle consomme, dont près de 29 % en provenance directe du Proche-Orient (Arabie saoudite, Émirats, Koweït). C'est la dépendance la plus forte de toutes les grandes économies européennes sur ce carburant. Toutes ces cargaisons transitent historiquement par le détroit d'Hormuz. À l'inverse, le SP95 dépend d'un mix de raffinage plus diversifié (Rotterdam, raffineries françaises, flux atlantiques), d'où une hausse moins brutale en absolu. En cinq semaines d'Epic Fury, le gazole a gagné près de 50 centimes — et continue de s'éloigner du SP95 (écart désormais supérieur à 9 centimes, contre 2–3 en temps normal).
D'où vient le prix du litre ? Décomposition officielle (au 6 mars 2026)
Selon Connaissance des Énergies et la décomposition publiée sur data.roole.fr, la structure du prix est fondamentalement différente entre gazole et essence. Trois blocs composent le litre : coût du pétrole (cotation produits raffinés à Rotterdam), taxes (TICPE + TVA), coût de distribution (qui inclut TIRUERT et CEE, para-fiscalité). Au 6 mars 2026, les taxes représentaient 48 % du gazole et 54 % du SP95-E10 ; le pétrole, 35 % et 28 % respectivement ; la distribution, 17 % pour les deux.
Gazole à 2,109 €/L — répartition
SP95-E10 à 1,955 €/L — répartition
L'effet multiplicateur de la TVA
La TVA à 20 % s'applique non seulement sur le pétrole et la distribution, mais aussi sur l'accise (TICPE) — c'est le fameux « TVA sur taxe » très critiqué. Résultat : chaque centime de plus sur le brut de Rotterdam se traduit par environ 1,2 centime à la pompe. À l'inverse, toute baisse du brut met du temps à se répercuter — entre 7 et 10 jours pour la distribution.
Comparaison avec les précédents chocs
En mars 2022, le gazole avait culminé autour de 2,14 €/L lors de l'invasion russe de l'Ukraine. Le niveau de 2,109 € d'avril 2026 frôle ce pic historique. La vitesse de hausse (+50 ct en 5 semaines sur le gazole) est supérieure à 2022. Pour mémoire, le choc pétrolier de 1973 avait triplé les prix en trois mois.
Quel impact pour les ménages ?
Sur un plein de 50 L de gazole, le surcoût par rapport à début février 2026 atteint environ 25 € — soit plus de 100 € par mois pour qui remplit toutes les semaines. Pour un actif qui parcourt 20 000 km par an (moyenne française, ~1 100 L consommés), la dépense annuelle supplémentaire se situe entre 500 et 700 € selon le carburant. Les zones rurales et périurbaines, où la voiture est indispensable, sont les plus exposées.
Où en sont les aides ?
- •Aucune remise carburant de type 2022 n'a été réactivée à ce stade pour les automobilistes.
- •Des enveloppes sectorielles ont été débloquées : 50 M€ pour les transporteurs routiers (avril) et 53 M€ pour l'agriculture (voir articles dédiés).
- •La grande distribution (Leclerc, Carrefour, Intermarché) affiche des prix légèrement inférieurs aux majors, souvent avec plafonnement de volume par passage.
- •Un chèque énergie élargi est évoqué pour les bas revenus, sans formalisation à ce stade.
Jusqu'où peut grimper le prix ?
Trois scénarios. Une résolution rapide du conflit (accord de paix avant mi-mai) ramènerait le gazole vers 1,80–1,85 €/L en quelques semaines — les taxes empêchant une détente plus forte. Un statu quo (détroit sous contrôle iranien, cessez-le-feu maintenu) stabiliserait les prix autour de 2,05–2,15 €. Une escalade militaire directe — riposte iranienne aux saisies US — propulserait le Brent vers 130–140 $ et le gazole à 2,25–2,40 € le litre, soit des niveaux jamais vus en France.
Ce qu'il faut surveiller
Le cessez-le-feu prolongé par Trump le 21 avril n'a pas résolu l'impasse. Chaque nouvel incident dans le Golfe (saisie, tir, attaque de tanker) renvoie le Brent vers 105–110 $. La pompe suit avec environ 10 jours de décalage — et le diesel, plus dépendant du Proche-Orient, réagit plus vite que l'essence.