Carburants23 avril 20266 min de lecture

Prix à la pompe : +45 centimes en 6 semaines, pourquoi et jusqu'où ?

Le SP95 est passé de 1,72 € à 2,17 € depuis le déclenchement de la crise. Décomposition du prix, impact pour les ménages et scénarios pour les prochaines semaines.

2,17 €
Prix du SP95 (23 avr.)
+26%
Hausse depuis fév. 2026
+22,50 €
Surcoût sur un plein de 50 L
60%
Part des taxes dans le prix final

Début février 2026, le litre de SP95 se vendait en moyenne 1,72 € dans les stations-service françaises. Six semaines plus tard, après le déclenchement de l'opération Epic Fury et la fermeture du détroit d'Hormuz, il atteint 2,17 € — une hausse de 26 % qui renvoie les Français à la flambée de 2022. Pour un automobiliste qui remplit un réservoir de 50 litres chaque semaine, la facture mensuelle grimpe d'environ 90 €.

D'où vient le prix du litre ?

Contrairement à ce que suggère la communication politique, la hausse du brut n'explique qu'une partie du choc. Les taxes — TICPE et TVA — représentent encore près de 60 % du prix final. Mais elles s'appliquent sur une base qui a bondi, ce qui crée un effet démultiplicateur.

0,88 €
Brut + raffinage
0,17 €
Distribution & marge
0,69 €
TICPE (taxe carburant)
0,43 €
TVA à 20%
📊

Comparaison avec les précédents chocs

En 2022, le SP95 avait culminé à 2,10 € lors de l'invasion de l'Ukraine. Nous avons donc déjà dépassé ce pic. À titre historique, le choc pétrolier de 1973 avait provoqué un triplement des prix en trois mois — nous en sommes à +26 % en six semaines, avec un détroit encore fermé.

Quel impact pour les ménages ?

Le surcoût moyen est estimé à 22,50 € par plein de 50 litres. Pour un actif qui parcourt 20 000 km par an (moyenne française), cela représente environ 400 € de dépense supplémentaire sur l'année si les prix restent à ce niveau. Les zones rurales et périurbaines, où la voiture est indispensable, sont les plus touchées.

« Les ménages modestes qui utilisent leur voiture pour travailler sont en première ligne. Nous observons déjà une baisse de 4 à 7 % du trafic routier en semaine. »

UFIP Énergies et MobilitésNote de conjoncture, 22 avril 2026

Que font les compagnies ?

  • TotalEnergies a annoncé un plafonnement volontaire à 2,20 €/L dans ses stations jusqu'à fin mai — un geste critiqué comme insuffisant par certaines associations.
  • BP et Esso se sont alignés partiellement, avec des remises ciblées sur leurs cartes de fidélité.
  • Les stations de grande distribution (E.Leclerc, Carrefour, Intermarché) affichent des prix 4 à 8 centimes inférieurs, mais limitent le nombre de litres par passage.
  • Le gouvernement n'a pour l'instant pas rétabli la remise carburant de 2022, mais étudie un chèque énergie élargi pour les bas revenus.

Jusqu'où peut grimper le prix ?

Trois scénarios sont à considérer. Une résolution rapide du conflit (accord de paix avant mi-mai) ramènerait le SP95 vers 1,90 €/L en quelques semaines. Un statu quo (détroit quasi-fermé, cessez-le-feu maintenu) stabiliserait les prix autour de 2,15-2,20 €. Une escalade militaire directe — Iran riposte aux saisies US — propulserait le Brent vers 130-140 $, ce qui se traduirait par un SP95 à 2,40-2,50 € le litre.

⚠️

Ce qu'il faut surveiller

Le cessez-le-feu prolongé par Trump le 21 avril n'a pas résolu l'impasse. Sans reprise des négociations, chaque nouvel incident (saisie, tir, attaque de tanker) renvoie le prix du baril vers 105-110 $. La pompe suivra avec environ 10 jours de décalage.

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