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Droit de la mer : un pays peut-il fermer un détroit international ?

En temps de paix, non. La convention des Nations unies sur le droit de la mer garantit aux navires un « passage en transit » dans les détroits internationaux, qui ne peut être ni entravé ni suspendu par les pays riverains. Mais l'Iran conteste que cette règle s'applique à lui, et la guerre ouvre un autre cadre juridique. Voici ce que dit le droit, et pourquoi il ne suffit pas à rouvrir le détroit d'Hormuz.
Par Denzz (méthode)•Publié le 3 novembre 2026•7 min de lecture
1982
Convention des Nations unies sur le droit de la mer, signée mais jamais ratifiée par l'Iran
12 milles
Largeur maximale de la mer territoriale, environ 22 km (art. 3)
0
Suspension autorisée du passage en transit dans un détroit (art. 44)
1949
Arrêt du détroit de Corfou : pas d'interdiction de passage en temps de paix (CIJ)
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En bref

Le droit de la mer distingue trois zones. En haute mer, la navigation est libre. Dans la mer territoriale, jusqu'à 12 milles des côtes, les navires ont un droit de « passage inoffensif », que l'État riverain peut suspendre temporairement pour sa sécurité. Dans un détroit servant à la navigation internationale, ils ont un droit de « passage en transit » qui ne peut être ni entravé ni suspendu. Selon la plupart des États, Hormuz relève de ce dernier régime. L'Iran, qui n'a pas ratifié la convention, soutient le contraire. Et en temps de guerre, c'est aussi le droit des conflits armés qui s'applique.

Que dit la convention sur le droit de la mer ?

La convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), signée en 1982, fixe les règles de navigation dans le monde. Chaque État peut étendre sa mer territoriale jusqu'à 12 milles nautiques, soit environ 22 km, depuis ses côtes (article 3). Les navires de tous les pays y bénéficient d'un droit de passage inoffensif, tant que leur passage ne porte pas atteinte « à la paix, au bon ordre ou à la sécurité » de l'État côtier (articles 17 et 19).

Ce droit a une limite : l'État côtier peut, sans discrimination entre les navires, suspendre temporairement le passage inoffensif dans des zones précises si c'est « indispensable » à sa sécurité (article 25). Il ne peut pas pour autant faire payer le simple fait de passer : seuls des services rendus au navire peuvent être facturés (article 26).

Schéma des régimes de passage : liberté de navigation en haute mer, passage inoffensif suspendable dans la mer territoriale, passage en transit non suspendable dans un détroit international. Pour Hormuz, la lecture majoritaire applique le passage en transit, la lecture iranienne le passage inoffensif. En temps de guerre, le droit de la guerre navale s'ajoute.
Plus on se rapproche d'un détroit international, plus le droit de passage est fort ; mais l'Iran conteste qu'Hormuz relève de ce régime. — Schéma : Hormuz 2026, d'après la CNUDM, la Cour internationale de justice, l'ASIL et Lawfare

Pourquoi les détroits ont-ils un régime à part ?

Parce que beaucoup de détroits sont si étroits que les mers territoriales des pays riverains s'y rejoignent : sans règle particulière, ces pays pourraient bloquer des routes dont dépend le commerce mondial. La convention crée donc, pour les détroits « servant à la navigation internationale », un droit de passage en transit plus fort. Tous les navires et aéronefs en bénéficient, et ce passage « ne peut être entravé » (article 38). Les États riverains peuvent réglementer la sécurité de la navigation ou la pollution, mais leurs règles ne doivent ni discriminer entre les navires ni avoir pour effet d'empêcher le passage (article 42). Surtout, « l'exercice du droit de passage en transit ne peut être suspendu » (article 44).

Ce principe est plus ancien que la convention. En 1949, dans l'affaire du détroit de Corfou, la Cour internationale de justice a jugé qu'en temps de paix, les États pouvaient envoyer leurs navires de guerre dans un détroit international sans autorisation, pourvu que le passage soit inoffensif. Elle a aussi condamné l'Albanie pour les mines posées dans ses eaux, qui avaient endommagé des navires britanniques, à verser 844 000 livres de réparations.

Certains détroits obéissent à des traités plus anciens, que la convention laisse intacts (article 35). C'est le cas du Bosphore et des Dardanelles, régis par la convention de Montreux de 1936 : les navires marchands y passent librement en temps de paix, mais la Turquie peut les fermer aux navires de guerre des pays en guerre, ce qu'elle a fait en 2022 après l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Le cas d'Hormuz : pourquoi l'Iran conteste la règle

Au plus étroit, les mers territoriales de l'Iran et d'Oman se rejoignent : il ne reste aucune haute mer dans le détroit. Pour la plupart des États, c'est précisément la situation pour laquelle le passage en transit a été inventé. Les États-Unis, qui n'ont pas non plus ratifié la convention, considèrent que cette règle est devenue coutumière, donc obligatoire pour tous.

L'Iran soutient l'inverse. En signant la convention en 1982, il a déclaré que le passage en transit n'était pas une règle coutumière mais le fruit d'un compromis négocié, qui ne profite qu'aux États qui l'ont ratifiée. Pour Téhéran, c'est donc le passage inoffensif, plus restrictif, qui s'applique. Sa loi de 1993 sur les espaces maritimes exige une autorisation préalable pour les navires de guerre et permet de suspendre le passage de navires transportant des matières dangereuses, une catégorie qui peut englober les pétroliers. Oman, lui, a ratifié la convention en 1989, mais en déclarant qu'il pouvait exiger une autorisation préalable pour les navires de guerre dans sa mer territoriale.

Même dans la lecture iranienne, une fermeture totale resterait difficile à justifier : la suspension du passage inoffensif doit être temporaire, limitée à des zones précises et sans discrimination entre les navires. Or Téhéran applique en 2026 un tri par pavillon et par destination, et a créé une autorité qui délivre des permis de passage et des frais. Selon l'American Society of International Law (ASIL), la convention ne prévoit pas de péage dans un détroit : tout dépendra de la façon dont ces frais seront calculés et appliqués, comme service rendu ou comme droit d'accès.

Et en temps de guerre ?

La convention sur le droit de la mer a été pensée pour le temps de paix. Dans un conflit armé, s'y ajoute le droit de la guerre navale, qui autorise sous conditions un blocus déclaré et notifié, à condition de protéger la navigation des pays neutres, et le droit de légitime défense prévu par l'article 51 de la Charte des Nations unies, limité par les principes de nécessité et de proportionnalité. C'est ce cadre qu'invoquent les deux camps : Washington pour justifier son blocus des ports iraniens, Téhéran pour ses mesures dans le détroit. Le problème, souligne la revue Lawfare, est que ces règles ont été conçues pour l'affrontement de deux États, alors que la fermeture d'un détroit pénalise des dizaines de pays qui ne sont pas en guerre.

Qui peut faire respecter le droit ?

C'est le point faible du système. L'Iran n'étant pas partie à la convention, ses mécanismes de règlement des différends ne s'appliquent pas à lui, rappelle l'ASIL. Le Conseil de sécurité de l'ONU est bloqué : le 7 avril 2026, la Chine et la Russie ont mis leur veto à une résolution qui exigeait de l'Iran qu'il cesse ses attaques contre la navigation. Le 24 septembre, 80 pays emmenés par Bahreïn ont réclamé le rétablissement d'une navigation « sans péages, conditions ni frais illégaux », sans effet concret. Le droit dit clairement qu'un détroit international ne se ferme pas ; il ne dit pas qui peut le rouvrir.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le passage en transit ?

Le droit, pour tout navire ou aéronef, de traverser sans s'arrêter un détroit servant à la navigation internationale. Il ne peut être ni entravé ni suspendu par les États riverains (articles 38 et 44 de la convention sur le droit de la mer).

Quelle différence avec le passage inoffensif ?

Le passage inoffensif s'applique dans la mer territoriale. Il est plus fragile : l'État côtier peut le suspendre temporairement dans des zones précises pour sa sécurité, sans discrimination entre les navires.

L'Iran a-t-il signé la convention sur le droit de la mer ?

Oui, en 1982, mais il ne l'a jamais ratifiée. Il estime donc ne pas être tenu par le régime du passage en transit, une position que la plupart des États rejettent.

Un pays peut-il faire payer le passage dans un détroit ?

La convention interdit de faire payer le simple fait de passer dans la mer territoriale et ne prévoit aucun péage dans les détroits ; seuls des services rendus aux navires peuvent être facturés. Les frais créés par l'Iran en 2026 sont donc contestés.

Sources (13)

  1. Convention des Nations unies sur le droit de la mer — Partie II : mer territoriale (art. 2-33)Nations unies — Division des affaires maritimes et du droit de la mer · consulté le 3 novembre 2026 Institution
  2. Convention des Nations unies sur le droit de la mer — Partie III : détroits servant à la navigation internationale (art. 37-44)Nations unies · 1982 Institution
  3. Convention des Nations unies sur le droit de la mer — état des signatures et ratificationsCollection des traités des Nations unies · consulté le 28 septembre 2026 Institution
  4. Détroit de Corfou (Royaume-Uni c. Albanie) — arrêts de 1948 et 1949Cour internationale de justice · consulté le 3 novembre 2026 Institution
  5. Montreux Convention Regarding the Regime of the StraitsWikipédia (anglais) · consulté le 3 novembre 2026 Institution
  6. Does Iran Possess the Right to Close the Strait of Hormuz under International Law?International Law Blog — Mohammad Yousef · 6 avril 2026 Recherche
  7. The Strait of Hormuz and the Limits of Maritime LawLawfare — Bertina Kudrin · 23 mars 2026 Recherche
  8. The Strait of HormuzQuestions of International Law (QIL) · consulté le 3 novembre 2026 Recherche
  9. Charges for Passage in the Strait of Hormuz: The Law Governing Tolls and Service Fees in Straits Used for International NavigationASIL Insights — Hashim Mohamed · 15 octobre 2026 Recherche
  10. Persian Gulf Strait AuthorityWikipedia · mai 2026 Recherche
  11. Can Iran enforce a restricted zone in the Strait of Hormuz?Al Jazeera · 7 septembre 2026 Presse
  12. Security Council: Russia and China veto resolution on Strait of HormuzONU Info (UN News) · 7 avril 2026 Institution
  13. Eighty countries call for restoration of maritime navigation in Arabian GulfThe National · 24 septembre 2026 Presse