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Qui contrôle le détroit d'Hormuz ? Les acteurs de la crise

En droit, personne : le détroit d'Hormuz est une voie de navigation internationale où tous les navires ont un droit de passage. Dans les faits, depuis 2026, le contrôle est disputé. L'Iran décide par la menace qui peut passer, les États-Unis bloquent les ports iraniens, Oman possède les eaux où circulent les navires et sert de médiateur. Autour d'eux, l'Arabie saoudite, les Émirats, le Qatar, les Houthis et la Chine pèsent chacun à leur manière.
Par Denzz (méthode)•Publié le 8 octobre 2026•12 min de lecture
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Pays propriétaire du passage : le droit de la mer garantit le transit (CNUDM, art. 38)
130
Navires déroutés par le blocus américain depuis le 14 juillet (CENTCOM, 5 oct. 2026)
5,8 Mb/j
Dans l'oléoduc saoudien qui contourne le détroit (Riyad, 6 oct. 2026)
> 80 %
Du pétrole iranien exporté par mer acheté par la Chine (The National)
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En bref

Aucun État ne possède le détroit : la convention des Nations unies sur le droit de la mer y garantit le passage de tous les navires. Mais l'Iran tient la rive nord et les îles, et ses Gardiens de la révolution peuvent arrêter, détourner ou attaquer les navires ; Téhéran a même créé en 2026 une autorité qui délivre des permis de passage. Les États-Unis répondent par un blocus naval des ports iraniens, mené depuis Bahreïn par la 5ᵉ flotte. Oman, dont les eaux abritent le couloir de navigation, joue les médiateurs. Les pays du Golfe contournent le détroit par oléoduc, les Houthis menacent l'autre verrou, Bab el-Mandeb, et la Chine reste le principal acheteur du pétrole iranien.

En droit, à qui appartient le détroit d'Hormuz ?

À personne. La convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) classe Hormuz parmi les détroits servant à la navigation internationale. Tous les navires y bénéficient d'un « droit de passage en transit » qui « ne peut être entravé » (article 38), et les États riverains « ne doivent pas entraver » ce passage (article 44). Ils peuvent réglementer la sécurité de la navigation, mais pas fermer le détroit ni réserver le passage à certains pavillons.

La géographie complique les choses. Au plus étroit, le détroit mesure environ 39 km : les eaux territoriales de l'Iran et d'Oman, de 12 milles nautiques chacune, s'y rejoignent, et il n'y reste aucune haute mer. Le couloir où circulent les grands navires passe dans les eaux d'Oman. Surtout, l'Iran a signé la convention en 1982 sans jamais la ratifier, tout comme les Émirats ; Oman l'a ratifiée en 1989 et les États-Unis ne l'ont pas ratifiée. Chacun peut donc en faire sa propre lecture. Notre guide sur le détroit détaille sa géographie et ses chiffres clés.

Carte schématique du détroit d'Hormuz : l'Iran au nord avec Bandar Abbas et les îles de Qeshm, Hormuz et Larak ; dans le Golfe, Abou Moussa et les Tunb, tenues par l'Iran et revendiquées par les Émirats ; au sud, la péninsule omanaise du Musandam, longée par le couloir de navigation situé dans les eaux omanaises, les Émirats avec Dubaï et Fujairah, et le golfe d'Oman, zone du blocus américain des ports iraniens.
L'Iran tient toute la rive nord et les îles du détroit, mais le couloir emprunté par les navires passe dans les eaux d'Oman, au large du Musandam. — Schéma : Hormuz 2026, d'après l'AIE, la CNUDM, Al Jazeera et Wikipédia (tracé simplifié, positions indicatives)

L'Iran : contrôler le passage par la menace

Les Gardiens de la révolution en première ligne

L'Iran a deux marines. La marine régulière opère surtout dans le golfe d'Oman, la mer Caspienne et l'océan Indien ; celle des Gardiens de la révolution (Pasdaran) est chargée du golfe Persique et du détroit d'Hormuz, selon le centre de recherche israélien Alma. Elle mise sur le nombre et la surprise plutôt que sur de grands navires : vedettes rapides armées de missiles, mines, missiles antinavires de plusieurs centaines de kilomètres de portée, drones et plus d'un millier d'embarcations sans équipage. Elle s'appuie sur les îles iraniennes du Golfe, dont Abou Moussa et les Tunb, au plus près des voies de navigation.

Cette force ne peut pas empêcher physiquement tous les navires de passer : elle rend le passage dangereux. Depuis le début de la guerre, le 28 février 2026, les pétroliers sont visés par des missiles, des drones et des projectiles. Le 5 octobre, un pétrolier a fait demi-tour sur ordre des Gardiens, et le capitaine « a confirmé s'être conformé à l'instruction », selon l'agence maritime britannique UKMTO citée par CBS. Le lendemain, le pétrolier On Peace était touché au large du Musandam, faisant 12 blessés.

Une administration du détroit : permis, péages, zone restreinte

Téhéran ne se contente pas de menacer : il cherche à transformer son emprise en règle. Le 5 mai 2026, il a créé une Autorité du détroit du golfe Persique (PGSA), qui délivre des permis de passage aux armateurs ; les États-Unis ont menacé de sanctions tout paiement. Le 23 août, la commission de la sécurité nationale du Parlement iranien a approuvé la perception de frais pour des services « maritimes, environnementaux, d'assurance, de sécurité », payables en rials ou dans toute autre devise choisie par l'Iran. Le 7 septembre, le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, Mohsen Rezaei, a annoncé une « zone restreinte » partant de la ligne du blocus américain : tout navire qui y entrerait sans coopérer serait inscrit sur une liste de sanctions iranienne.

Qui décide à Téhéran ?

La question n'a rien d'évident. Le guide suprême Ali Khamenei a été tué dans les frappes américano-israéliennes du début de la guerre ; son fils Mojtaba lui a succédé mais n'est plus apparu en public depuis, ne communiquant que par des messages écrits, selon NBC News. Le président Massoud Pezeshkian et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi mènent la diplomatie, tandis que le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, prévient que le détroit ne rouvrira pas tant que les « sept conditions » de l'Iran, fondées sur le mémorandum d'Islamabad, ne seront pas remplies. Le vice-président américain JD Vance l'a reconnu le 6 octobre : « Il n'est pas tout à fait clair pour nous comment ce pays prend ses décisions. »

Les États-Unis : le blocus et la 5ᵉ flotte

La marine américaine est présente dans la région depuis des décennies. La 5ᵉ flotte, réactivée en 1995, a son quartier général à Manama, à Bahreïn ; elle couvre le golfe Persique, la mer Rouge, la mer d'Arabie et une partie de l'océan Indien, et dépend du commandement central américain (CENTCOM). Sa base a été frappée par des missiles et des drones iraniens dès le 28 février 2026.

Washington ne cherche pas à rouvrir le détroit de force, mais à priver l'Iran de ses revenus. Le blocus naval des ports iraniens est entré en vigueur le 13 avril 2026 ; après la rupture du mémorandum d'Islamabad, signé en juin, le CENTCOM l'a rétabli le 14 juillet. Au 5 octobre, le CENTCOM indiquait avoir dérouté 130 navires, immobilisé 3 navires et détruit 13 navires de commerce qui violaient le blocus ou appartenaient à la flotte fantôme iranienne. Un troisième porte-avions, l'USS Theodore Roosevelt, fait route vers la région. Sur le plan diplomatique, Washington pose désormais une condition : l'Iran doit réduire sa capacité d'enrichissement d'uranium, a déclaré JD Vance à Reuters.

Oman : les eaux du couloir et le rôle de médiateur

Oman est l'autre riverain du détroit, par la péninsule du Musandam, séparée du reste du pays par le territoire des Émirats. C'est dans ses eaux territoriales que passe le couloir de navigation. Le sultanat entretient des relations avec Téhéran comme avec Washington, ce qui en fait un intermédiaire traditionnel. Le 26 août 2026, l'Iran et Oman ont annoncé un couloir de transit temporaire de 7 milles nautiques de large, avec un partage des revenus ; les navires devaient toutefois obtenir l'autorisation de l'Iran, et le ministre omanais des Affaires étrangères précisait que « la gestion future du détroit et une solution permanente suivront en temps voulu ». Ce couloir n'a jamais rouvert le détroit à la navigation ordinaire, et Donald Trump avait menacé de bombarder Oman s'il faisait obstacle aux négociations.

Les pays du Golfe : contourner et se défendre

L'Arabie saoudite

Premier exportateur de la région, l'Arabie saoudite dispose d'une issue : l'oléoduc Est-Ouest, qui traverse le pays jusqu'au port de Yanbu, sur la mer Rouge. Coupé du 11 au 22 septembre par des drones venus d'Irak, puis visé le 4 octobre sur la station de pompage de Khurais, il transportait environ 5,8 millions de barils par jour le 6 octobre, sur une capacité de 7 millions, selon le ministre saoudien de l'Énergie. Face aux attaques des Houthis, Riyad a activé le 5 octobre le pacte de défense signé en août avec la Turquie et le Pakistan, qui ont promis d'envoyer des forces.

Les Émirats arabes unis

Les Émirats exportent une partie de leur brut par un oléoduc qui débouche à Fujairah, sur le golfe d'Oman, hors du détroit. Ils sont aussi en conflit territorial avec l'Iran : depuis 1971, Téhéran occupe l'île d'Abou Moussa et les deux îles Tunb, que revendique l'émirat de Charjah. Ces îles ont une valeur stratégique, car les pétroliers passent entre elles.

Le Qatar

Le Qatar dépend entièrement du détroit pour son gaz : 93 % de ses exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) y passent, selon l'Agence internationale de l'énergie, et il n'existe pas de route de contournement. Doha est aussi devenu le principal canal entre Washington et Téhéran depuis l'Assemblée générale de l'ONU : le 6 octobre, sa diplomatie confirmait que « l'échange de messages continue via le Qatar et ses partenaires régionaux ».

Les Houthis : l'autre verrou, à Bab el-Mandeb

Les Houthis, mouvement armé allié de l'Iran, ne sont pas présents à Hormuz, mais ils pèsent sur la crise depuis le Yémen. Le 11 septembre 2026, ils ont pris le contrôle de la côte yéménite de la mer Rouge, et donc du détroit de Bab el-Mandeb, par où doit passer le pétrole saoudien chargé à Yanbu pour rejoindre l'Asie. Ils frappent aussi directement l'Arabie saoudite. Le 5 octobre, les forces gouvernementales yéménites, appuyées par la coalition menée par Riyad, ont revendiqué la reprise de Mokha et de positions sur Bab el-Mandeb, ce que les Houthis démentent. Notre page Bab el-Mandeb suit ce second front.

La Chine et les grandes puissances

La Chine achète plus de 80 % du pétrole iranien exporté par mer, ce qui couvre environ 13 % de ses importations de brut, selon The National. Elle a intérêt à la réouverture du détroit, par où passe une grande partie de son pétrole, mais refuse d'isoler Téhéran. Le 7 avril 2026, la Chine et la Russie ont opposé leur veto à une résolution du Conseil de sécurité présentée par Bahreïn et cinq autres pays arabes, qui exigeait de l'Iran qu'il cesse ses attaques contre la navigation ; Moscou jugeait que le texte ignorait les frappes américaines et israéliennes. Fin septembre, la France préparait un nouveau projet de résolution sur la liberté de navigation dans le détroit, sans vote annoncé. En mer Rouge, l'Union européenne protège les navires marchands avec sa mission Aspides.

Alors, qui contrôle vraiment le détroit ?

Personne entièrement, et c'est ce qui rend la crise si durable. L'Iran peut rendre le passage risqué et coûteux, mais pas l'empêcher : selon le cabinet Kpler cité par Reuters, les exportations de brut du Moyen-Orient ont même dépassé leur niveau d'avant-guerre fin septembre, en grande partie grâce à des pétroliers qui coupent leur transpondeur. Les États-Unis peuvent bloquer les ports iraniens, mais pas garantir la sécurité de chaque navire. Oman possède les eaux du couloir sans avoir les moyens de les défendre seul. Une sortie de crise passera donc par un accord entre ces acteurs, sur le nucléaire comme sur les règles du passage.

Questions fréquentes

Quels pays bordent le détroit d'Hormuz ?

L'Iran au nord ; au sud, Oman, par la péninsule du Musandam, et les Émirats arabes unis.

L'Iran a-t-il le droit de fermer le détroit d'Hormuz ?

Selon la convention des Nations unies sur le droit de la mer, non : le passage en transit ne peut pas être entravé. Mais l'Iran n'a jamais ratifié cette convention et conteste cette lecture.

Qui sont les Gardiens de la révolution ?

Une force armée iranienne distincte de l'armée régulière. Sa marine est chargée du golfe Persique et du détroit d'Hormuz, avec des vedettes rapides, des mines, des missiles et des drones.

Où se trouve la 5ᵉ flotte américaine ?

Son quartier général est à Manama, à Bahreïn. Elle couvre le golfe Persique, la mer Rouge, la mer d'Arabie et une partie de l'océan Indien.

Pourquoi Oman joue-t-il un rôle particulier ?

Parce que le couloir de navigation passe dans ses eaux territoriales et que le sultanat entretient des relations avec l'Iran comme avec les États-Unis, ce qui en fait un médiateur.

Sources (30)

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  19. Saudi Arabia restores East-West pipeline flows to 5.8 million bpd, energy minister saysThe National — Ali Al Shouk · 6 octobre 2026 Presse
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  24. Houthis take control of Yemen's Red Sea coast, key shipping route — « sûr pour tous sauf les navires saoudiens »Al Jazeera · 11 septembre 2026 Presse
  25. Yemeni forces claim control of Bab Al Mandeb strait and Mokha in major offensive against HouthisThe National — Amr Mostafa · 5 octobre 2026 Presse
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  28. France drafts UN Security Council resolution to protect freedom of navigation in Strait of HormuzGulf News (d'après WAM) · 26 septembre 2026 Presse
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