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Les Houthis : qui sont-ils et que veulent-ils ?

Les Houthis sont un mouvement politique et armé du nord du Yémen, issu d'un renouveau religieux zaïdite dans les années 1990. Depuis 2014, ils contrôlent la capitale Sanaa et les deux tiers de la population du pays. Alliés de l'Iran sans en être de simples exécutants, ils sont devenus en 2026 un acteur majeur de la crise régionale : ils tiennent la côte yéménite de la mer Rouge et frappent l'Arabie saoudite.
Par Denzz (méthode)•Publié le 28 octobre 2026•8 min de lecture
2/3
De la population du Yémen vit sous contrôle houthi, sur un tiers du territoire (CFR)
≈ 35 %
Des Yéménites sont zaïdites, la branche du chiisme dont le mouvement est issu (Wilson Center)
≈ 200
Attaques contre des navires en mer Rouge entre 2023 et 2025, 4 navires coulés (Wikipédia)
12
Morts au moins dans la frappe houthie sur l'aéroport de Riyad, le 10 oct. 2026 (Al Jazeera)
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En bref

Les Houthis, qui se nomment Ansar Allah (« les partisans de Dieu »), sont nés dans la province de Saada, au nord du Yémen. D'abord mouvement de renouveau religieux zaïdite, ils ont pris les armes en 2004 contre le gouvernement, puis se sont emparés de Sanaa en 2014. L'Arabie saoudite les combat depuis 2015. L'Iran leur fournit armes et formation, mais ils gardent leurs propres objectifs. Depuis 2023, ils frappent la navigation en mer Rouge ; en 2026, ils ont pris le contrôle de la côte yéménite, donc de Bab el-Mandeb, et visent directement l'Arabie saoudite.

D'où viennent les Houthis ?

Le mouvement est issu du zaïdisme, une branche du chiisme présente au Yémen depuis plus de mille ans et pratiquée par environ 35 % des Yéménites, selon le Wilson Center. En 1992, dans la province de Saada, à la frontière saoudienne, naît la « Jeunesse croyante », un réseau de clubs et de camps d'été destiné à raviver cette tradition face à l'influence religieuse de l'Arabie saoudite. La famille al-Houthi en est l'âme, d'où le nom donné au mouvement.

Au début des années 2000, l'ancien député Hussein al-Houthi en fait un mouvement politique, opposé à la politique du président Ali Abdallah Saleh. Il est tué par l'armée en septembre 2004. Ses partisans prennent les armes : les « guerres de Saada » durent jusqu'en 2010. Son frère Abdel-Malek al-Houthi dirige depuis le mouvement, à la fois chef religieux, militaire et politique ; Wikipédia date sa prise de fonction à 2004, le Wilson Center à 2007.

Frise chronologique des Houthis en cinq étapes : naissance de la Jeunesse croyante à Saada en 1992, mort de Hussein al-Houthi en 2004, prise de Sanaa en 2014 et intervention saoudienne en 2015, attaques en mer Rouge et cessez-le-feu avec Washington de 2023 à 2025, puis embargo contre l'Arabie saoudite, prise de la côte de la mer Rouge et frappe sur l'aéroport de Riyad en 2026.
En trente ans, un mouvement religieux de la province de Saada est devenu un acteur de la crise régionale. — Schéma : Hormuz 2026, d'après Wikipédia, le Wilson Center, le CFR, Al Jazeera et NBC News

Comment ont-ils pris le pouvoir ?

En septembre 2014, les Houthis entrent dans Sanaa ; en janvier 2015, ils s'emparent du palais présidentiel, puis prennent officiellement le contrôle du gouvernement en février. Le 27 mars 2015, une coalition menée par l'Arabie saoudite intervient pour le rétablir. La guerre qui suit est l'une des plus meurtrières de la région : environ 377 000 morts entre 2015 et début 2022, dont 60 % de causes indirectes comme la faim, selon le Council on Foreign Relations (CFR).

Malgré plus de 25 000 frappes aériennes de la coalition, les Houthis tiennent toujours Sanaa et le nord-ouest du pays. Ils contrôlent environ un tiers du territoire, mais les deux tiers de la population, selon le CFR. Leur gouvernement n'est reconnu que par l'Iran.

Que veulent-ils ?

Leur devise résume leur vision du monde : « Dieu est le plus grand, mort à l'Amérique, mort à Israël, malédiction sur les Juifs, victoire à l'islam ». Le mouvement se présente comme un rempart contre l'influence étrangère, d'abord saoudienne et américaine, et contre Israël. Depuis 2011, il emploie aussi un langage nationaliste et populiste plus large que sa seule identité religieuse, note le Wilson Center. Concrètement, ses priorités affichées sont de garder le pouvoir à Sanaa et d'obtenir la levée de ce qu'il appelle le « siège » saoudien.

Sont-ils des pions de l'Iran ?

La question divise. L'Iran leur fournit des armes, une formation et du renseignement par l'intermédiaire des Gardiens de la révolution : en juillet 2025, la plus grosse cargaison iranienne jamais saisie contenait 750 tonnes d'armes, dont des pièces de drones et des ogives de missiles, selon le CFR. Washington traite donc chaque tir houthi comme un tir iranien.

Mais les Houthis n'ont pas été créés par l'Iran, contrairement au Hezbollah libanais, et ils ont déjà agi contre son avis : en 2019, ils ont décrété un cessez-le-feu unilatéral avec l'Arabie saoudite, rapporte Al Jazeera. Les spécialistes cités par le CFR parlent plutôt d'un « partenaire informel », proche de Téhéran par l'idéologie et les intérêts, mais maître de ses décisions.

Pourquoi attaquent-ils les navires en mer Rouge ?

Le 19 novembre 2023, en se présentant comme solidaires de Gaza, les Houthis détournent le cargo Galaxy Leader. Suivent environ 200 attaques contre la navigation jusqu'en 2025 : au moins 30 navires endommagés et 4 coulés, dont le Magic Seas et l'Eternity C en juillet 2025, des attaques que Human Rights Watch qualifie de crimes de guerre apparents. Les États-Unis les inscrivent sur leur liste des organisations terroristes étrangères en mars 2025, puis concluent avec eux, le 6 mai 2025, un cessez-le-feu négocié par Oman, qui ne couvre pas Israël.

Quel rôle jouent-ils dans la crise de 2026 ?

Avec la guerre contre l'Iran, les Houthis sont devenus le second front de la crise d'Hormuz. Le 20 juillet 2026, ils décrètent un embargo maritime et aérien contre l'Arabie saoudite. Le 11 septembre, ils prennent le contrôle de toute la côte yéménite de la mer Rouge, donc de Bab el-Mandeb, par où doit passer le pétrole saoudien chargé à Yanbu. Le 19 septembre, ils frappent Riyad pour la première fois, puis, le 10 octobre, un missile tue au moins 12 personnes à l'aéroport de la capitale saoudienne.

En face, une offensive des forces gouvernementales yéménites, appuyée par la coalition, revendique depuis le 5 octobre la reprise de Mokha et de positions sur Bab el-Mandeb, ce que les Houthis démentent. La Turquie, le Pakistan puis l'Égypte se sont engagés militairement aux côtés de Riyad. Le 27 octobre, la coalition disait encore intercepter des missiles et des drones houthis, au moment même où l'Arabie saoudite, la Turquie, le Pakistan et l'Iran se réunissaient à Téhéran pour tenter une désescalade. Notre page Bab el-Mandeb suit ce front au jour le jour.

Questions fréquentes

Pourquoi les appelle-t-on les Houthis ?

D'après la famille al-Houthi, qui a fondé et dirige le mouvement : Hussein al-Houthi, tué en 2004, puis son frère Abdel-Malek. Le mouvement se nomme lui-même Ansar Allah, « les partisans de Dieu ».

Les Houthis sont-ils chiites ?

Ils sont issus du zaïdisme, une branche du chiisme différente de celle de l'Iran, présente au Yémen depuis plus de mille ans. Environ 35 % des Yéménites sont zaïdites.

Quel territoire contrôlent les Houthis ?

La capitale Sanaa et le nord-ouest du Yémen, soit environ un tiers du territoire et deux tiers de la population. Depuis septembre 2026, ils tiennent aussi la côte de la mer Rouge, disputée depuis octobre par une offensive gouvernementale.

Les Houthis sont-ils considérés comme terroristes ?

Les États-Unis les ont inscrits sur leur liste des organisations terroristes étrangères en mars 2025, après une première inscription par l'administration Trump, révoquée en février 2021 par l'administration Biden.

Sources (16)

  1. HouthisWikipédia (anglais) · consulté le 28 octobre 2026 Institution
  2. Who are Yemen's Houthis?Wilson Center · 7 juillet 2022 Recherche
  3. Iran's Support of the Houthis: What to KnowCouncil on Foreign Relations — Mariel Ferragamo, Kali Robinson · mis à jour le 10 avril 2026 Recherche
  4. Conflict in Yemen and the Red Sea (Global Conflict Tracker)Council on Foreign Relations · mis à jour le 12 octobre 2026 Recherche
  5. 'Every shot fired': Are Yemen's Houthis a proxy force for Iran?Al Jazeera · 22 mars 2025 Presse
  6. Red Sea crisis (2023-2025) — bilan : ≥30 navires endommagés, 4 coulés, ~200 attaquesWikipedia · 2026 Recherche
  7. Yemen: Houthis' Attacks on Cargo Ships Apparent War CrimesHuman Rights Watch · 23 juillet 2025 Institution
  8. US designates Yemen's Houthis as 'foreign terrorist' organisationAl Jazeera · 4 mars 2025 Presse
  9. Oman announces ceasefire deal between Yemen's Houthis, USFrance 24 (AFP) · 6 mai 2025 Presse
  10. Yemen's Houthis declare naval blockade of Saudi Arabia: what to knowAl Jazeera · 20 juillet 2026 Presse
  11. Houthis take control of Yemen's Red Sea coast, key shipping route — « sûr pour tous sauf les navires saoudiens »Al Jazeera · 11 septembre 2026 Presse
  12. Flames, smoke seen near Riyadh airport as Houthis claim attacks on Saudi capital — première frappe sur RiyadNBC News · 19 septembre 2026 Presse
  13. Saudi Arabia says 12 killed, 300 wounded in Houthi attack on Riyadh airportAl Jazeera · 10 octobre 2026 Presse
  14. Yemeni forces claim control of Bab Al Mandeb strait and Mokha in major offensive against HouthisThe National — Amr Mostafa · 5 octobre 2026 Presse
  15. Turkiye, Pakistan agree Saudi Arabia military deployment under Mecca pactAl Jazeera · 5 octobre 2026 Presse
  16. Saudi-led coalition says it downed Houthi missiles, drones aimed at kingdomAl Jazeera · 27 octobre 2026 Presse